04.11.19 In Memory of Norman

Il y a quelques semaines encore, c’était un Norman souriant et plein de vie qui nous accueillait pour nous raconter son histoire. Il s’en est allé le 2 novembre avant de pouvoir lire notre article qui le mettait à l’honneur. Toutes nos pensées vont vers sa famille.
Nous choisissons de publier l’interview dans son état d’origine sans y apporter de changement afin d’honorer sa mémoire.


Nous rencontrons Norman Stannard dans son service flat à Aarschot alors qu’il écoute de la musique d’accordéon. Depuis quelques années sa vue a baissé et il ne peut plus lire. Il est né le 24 décembre 1923 à Scorborough et a grandi dans le Yorkshire avec son frère et ses deux soeurs. On n’entend encore à peine qu’il est Anglais.


Quand avez-vous décidé de rejoindre l’armée anglaise ?


Ma mère est décédée en 1941 et mon père s’est remarié. Mon frère et moi avons fui la situation familiale et nous nous sommes engagés volontairement dans l’armée anglaise. Mon frère auprès de la Royal Air Force (RAF) et moi dans le Royal Army Service Corps (RASC) pour un contrat de 6 ans. Ce corps était en charge de tous les transports maritimes, terrestres et aériens ainsi que de l’approvisionnement en nourriture, vêtements, carburants, munitions et équipements techniques en plus de la récupération et la réparation des véhicules.


Combien de temps a duré votre formation ?


Ma formation a été très courte, environ 6 mois. Mais j’ai du apprendre nuits et jours à rouler avec tous les types de véhicules anglais !


Où avez-vous été mobilisé ?


Après ma formation à Aldershot en 1942, mon unité a embarqué avec les troupes de transport via l’Ecosse jusque Tunis en Afrique. Nous sommes arrivés le 8 novembre et on devait y remorquer les chars cassés des Anglais et des Américains. On les a acheminés vers les dépôts REME (Royal Electrical and Mechanical Engineers – leurs tâches : Maintain, Repair, Recover and Advise) où les chars et autres véhicules étaient réparés. A l’époque, la deuxième guerre mondiale faisait rage entre le corps africain et le Maréchal allemand Rommel.


Après 8 mois à Tunis, nous avons traversé l'Algérie avec 40 véhicules de dépannage peints en blanc. "Blanc" pour le désert ! Là, nous avons été emmenés par des navires de transport américains à Naples (Italie, 1943). Tout ça pour arriver à Monte Cassino (la bataille du Monte Cassino) et à Florence jusqu'à ce que Mussolini ne se rende.


Puis nous avons dû retourner à Naples pour embarquer avec les Américains vers Marseille. Une fois là-bas, nous avons remorqué des chars et des véhicules à travers toute la France. Puis j’ai été affecté à la Compagnie Grenadier Guards et j’ai conduis jusqu'à Waregem avec un char. Nous y avons passé une nuit, puis nous sommes allés à Aarschot. Le 5 septembre 1944, nous avons libéré Aarschot et Rillaar. Durant ces 4 années, nous avons parcouru d'innombrables kilomètres !


Avez-vous dû vous battre ?


J'ai vu peu de soldats allemands, surtout des soldats en retraite, mais j'ai été confronté à la résistance des soldats italiens. En Italie, nous avions fait 5 prisonniers italiens, on les reconnaissait grâce aux P et W (Prisoner of War) cousus sur le dos de leurs vêtements. Ces 5 personnes ont pourtant aidé la Compagnie. Une fois que nous avions traversé la France, le commandant a suivi son cœur et les a relâchés. On leur a rendu passeport et vêtements pour qu’ils rentrent chez eux.


Qu’est-ce que vous avez fait après la libération ?


Après la libération, je suis resté 6 mois à Aarschot et j’y ai rencontré ma femme. On s’est marié dans cette période et après seulement quelques semaines j’ai été envoyé à Lippstadt (près de Soest).


Qu’est-ce que vous avez fait après la fin du service militaire ?


Je suis allé travailler pour Renier dans les pierres naturelles. Le directeur était anglais, donc la langue n'était pas un problème. J'ai fait ça pendant 40 ans. Je me retrouvais encore à conduire des camions mais cette fois remplis de pierres naturelles. Nous avons fait le tour de l'Europe en voiture jusqu'au Maroc pour remplacer les tombes endommagées dans les cimetières allemands. A cette époque, il n'y avait pas d'autoroutes, nous étions parfois sur la route pendant longtemps. Lorsque les autoroutes belges ont été construites, c'est moi qui ai livré les pierres pour les toits des ponts sur l'autoroute. On a dû les décharger à la main ! J’ai même reçu une médaille après 500 000 km parcouru.