13.11.19 May we always honour them

Parce que nous ne pouvons pas oublier ce qu’ils ont fait pour nous, nous rencontrons Alois Van Craen, un des deux anciens combattants de la Brigade Piron encore en vie.

Alois est l’ainé d’une fratrie de 6 enfants et aura 100 ans ce 11 décembre. Nous le rencontrons pour cette interview dans sa chambre d’une maison de repos à Aarschot.

Comment s’est passé pour vous le début de la guerre ?

Au début, je tentais de retrouver ma fiancée mais à l’époque tout le monde se cachait. Comme ma future belle-mère était anglaise, sa famille pouvait rejoindre l’Angleterre. Malgré le fait que je n’avais pas de papier avec moi, j’ai tout de même été à Calais avec elle et j’ai pu rejoindre le remorqueur. J’étais grand, blond, sans papier et tout le monde était méfiant. C’était donc difficile de prouver mon identité. Heureusement j’ai été reconnu par un client du salon de coiffure dans lequel j’avais travaillé.

Avez-vous pu vous marier dans ces circonstances ?

Il m'a fallu du temps pour la retrouver en Angleterre mais j’ai finalement pu épouser Mary le 30 juillet 1940 à Fulham. Cependant, nos retrouvailles ont été de courte durée car mes beaux-parents ont eu l’occasion d’aller travailler à 160 km de Londres. Et moi, j'ai été appelé à servir dans l'armée.

Est-ce que la formation militaire a été dure ?

J'ai été incorporé en février 1940 dans la Brigade de libération, plus connue sous le nom de Brigade Piron. La formation a duré 3 ans et a été très difficile.  Nous devions tout le temps déménager dans d'autres camps, on nous donnait du matériel anglais délabré et les conditions étaient difficiles. Mais je suis néanmoins devenu un dispatcheur (éclaireur à moto).

Quand avez-vous enfin été appelé pour participer à la libération ?

Le 7 août 1944, nous nous sommes retrouvés à Arromanches. Tout était top secret. Ce n'est qu'une fois en mer que nos ordres sont devenus clairs : nous devions libérer la Normandie, avec un total de 3000 km de côtes. C’était intense et je n’oublierais jamais ce que j’ai vu là-bas. Les Allemands pouvaient être n’importe où.

"Les balles sifflaient près de mes oreilles. En tant que motocycliste ce n’était pas une partie de plaisir ! Il fallait se frayer un chemin à travers des maisons détruites  et les nombreux morts qui jonchaient le sol".

Avez-vous été blessé pendant votre mission ?

A Pont-Audemer, nous devions sécuriser le pont sur la rivière Risle. Il a explosé juste avant notre arrivée. Alors que nous étions en train de regarder la carte, j'ai entendu le bruit d'une bombe de mortier, puis le “boum” et puis plus rien. J'ai été grièvement blessé à la tête, aux bras, aux épaules et au dos. On m'a emmené à l'hôpital de campagne de Baheux, puis on m'a transporté par avion à l'hôpital de New-Port. J'y suis resté trois mois. Encore aujourd’hui, je ne peux toujours pas passer dans un scanner à cause de tous les éclats que j’ai dans le corps et qui me font également souffrir.

Est-ce que vous avez pu rejoindre la Brigade par après ?

Non, j’ai encore eu 10 jours de maladie et puis j'ai retrouvé ma famille. C'était des retrouvailles très émouvantes car nous avions été séparé depuis plus de 4 ans. Par la suite, je suis allé à Buggenhout pour former de nouvelles recrues. Malheureusement, je n'ai pas participé à la libération de Bruxelles.

Quand avez-vous quitté les forces armées ?

Le 15 juillet 1945, après 4 ans et 6 mois, je suis redevenu citoyen. J’ai alors repris mon métier d’avant la guerre, coiffeur pour hommes et pour femmes. Mais comme mes blessures avaient laissé des traces, j'ai commencé à enseigner à l'école communale d'Aarschot.

Avez-vous gardé des contacts avec vos cammarades de la Brigade Piron ?

A partir de 1952, j’organisais 2 fois par an une réunion avec les anciens et je suis également resté en contact avec beaucoup d’entre eux jusqu’à leur mort.

 

Il est toujours dommage de devoir se limiter à un article sur quelqu’un comme Alois alors que toutes les personnes qui ont donné de leur vie pendant la 2eme guerre mondiale méritent un livre.

“They died for our freedom and yours”…. Puissions toujours nous souvenir à quel point le sacrifice de ces soldats était grand. Aujourd’hui encore, le respect et la reconnaissance pour nos militaires, dans nos rues ou à l’étranger, est plus que jamais important